La Suisse démocratique, berceau mondial des Droits de l’Homme, vient de se réveiller !
Lundi 22 octobre dernier, je signais un papier révolté sur le vote qui venait de se dérouler et qui avait permis à l'UDC de Christoph Blocher de recueillir 22,8% des suffrages exprimés.
L’UDC est le parti qui avait été capable de choisir les affiches reproduites ci-après comme illustration visuelle de son projet pour la Suisse : soit 3 moutons blancs boutant hors du pays un mouton noir ! Ou 5 mains, la plupart bien colorées, tentant d’attraper (Voler ?) le si précieux passeport rouge à croix blanche…
Même le frontiste Jean-Marie le Pen n’avait pas osé, je l’ai déjà dit question de vision (Je sais la blague est de très mauvais goût, histoire de faire écho peut-être ?).
Revenons à la blanche Helvétie qui a repris des couleurs en refusant hier la réélection au Conseil Fédéral (Gouvernement suisse) du leader de l’UDC, le milliardaire Christoph Blocher !
Bien entendu, les tractations ont immédiatement repris entre les principaux partis et à l’heure où j’écris ces lignes, personne ne peut préjuger de leur résultat. Qu’importe, même si le populiste Blocher parvenait à revenir au gouvernement (Qui dans ce cas mériterait une minuscule) grâce à une manœuvre de plus, la Suisse a d’ores et déjà sauvé son honneur.
Comme quoi, on peut être un petit pays et avoir malgré tout de grands principes, même si dans le cas d’espèce ils ont eu besoin de quelques temps, trop de temps, pour s’exprimer…
Car, pour mémoire, Christoph Blocher a été élu au Conseil Fédéral – via une sorte de coup - le 10 décembre 2003 ; 4 années pour se rendre compte que ses idées étaient aussi détestables que préjudiciables pour le pays qu’il prétendait servir, c’est long !
Mais, tout le monde sait que les choses prennent quelquefois plus de temps en Suisse qu’ailleurs…
Bravo à toi mon pays, hier, j’ai été très fier de plonger si loin mes racines familiales dans ton histoire
N.B: Ne faisons pas d'angélisme malgré tout car l'UDC veut depuis si longtemps renverser l'approche politique helvétique, respectueuse, tranquille et consensuelle, qu'il n'y aucun doute qu'elle trouvera dans cette éviction matière à demander que tout change... A commencer par la formule magique, j'y reviendrai certainement...
Tout changer ? Pour le pire alors, avec Blocher ce ne peut être que pour le pire...
Ci-dessous, la chronique du 22 octobre qui m’avait valu bien des commentaires « off » de certains compatriotes restés « là-bas » :
Il était plusieurs fois un pays qui était plus intelligent que les autres,
plus beau que les autres, plus riche que les autres !
Ce pays avait été choisi par Dieu, Yavhé et un peu Allah pour y réunir ses enfants les plus méritants, ceux à qui le Paradis terrestre allait être confié pour qu’ils en profitent entre eux… Vous comprenez qu’il n’y a pas de place pour toute la misère du monde…
Ce discours à la tendance vaguement délirante et assurément provocatrice résume malgré tout assez bien le sentiment national suisse, celui qui suintait déjà il y a 14 ans lorsque j’ai quitté mon pays.
Mon activité professionnelle m’ayant amené à beaucoup voyager, je me sentais de plus en plus en décalage avec une partie non négligeable de mes compatriotes qui voyait comme un bien l’élévation de frontières de plus en plus hautes et de moins en moins perméables, sauf aux pétro-dollars, pétro-roubles et autres menues monnaies nécessitant un séjour dans la si propre Helvétie…
Pourtant, à peine nés, aucun effort n’est superflu pour faire comprendre aux enfants que ceci est la fondation inamovible de notre bonheur assuré :
Alors, fier d’être Suisse ?
Bof…
Les élections qui viennent de se dérouler dans mon pays natal donnent pour le moins une image contrastée de ce miracle démocratique et multiculturel que sait être ce conglomérat de 4 langues et d'encore plus de cultures, impossible sur le papier, et pourtant si riche dans la réalité.
Riche ?
Très riche…
Au point que certains, assis sur leur tas d’or, sont capables d’appeler leurs concitoyens à voter en utilisant ce genre d’affiche :
Ou celle-là, les commentaires sur le côté sont de votre serviteur :
J’ai honte, profondément honte, je revendique Henry Dunant pas Christoph Blocher (Je renonce à expliquer qui est le « leader charismatique » de l’UDC, les courageux trouveront là de quoi étancher leur soif de connaissances sur ce « personnage » richissime en monétaire mais si démuni d’humaine compassion) et je réponds à ces pseudos Suisses :
Parce que la grandeur d’un pays n’est pas d’inventer des frontières à la perméabilité avancée, permettant à l’égal d’un tamis de ne retenir que les plus gros joyaux, mais bien d’être à l’écoute du monde qui l’entoure.
Ce que certains à la verve caustique avaient résumé comme suit : « Ne pas prendre l’Helvétie pour des lanternes… »
Ce matin, avec 28,8% de mes compatriotes ayant voté pour l’UDC, la Suisse se réveille encore un peu plus coupée des autres, encore un peu plus rassurante pour tous ceux qui se demandent où mettre à l’abri leurs fortunes, les banquiers jubilent, les autres…