Pourquoi écrire tous les jours ici ?
Cela m’est déjà arrivé plusieurs fois d’attendre que certaines questions au sujet de « Continuum II » se recoupent pour leur apporter une réponse dans une chronique, il s’agit généralement de variations autour du même thème :
« Pourquoi faites-vous cela ? »
« Quel est votre intérêt ? »
« Qu’est-ce que cela vous rapporte ? »
Ayant encore reçu hier un message très sympathique, je reprends avec plaisir ma plume virtuelle pour partager avec vous ma motivation…
Comme pour l’immense majorité d’entre nous, beaucoup de mes élans de ma vie d’adulte sont à rechercher dans mon enfance, période plutôt triste et difficile pour ce qui me concerne.
Parce que certaines cellules ont dû s’organiser comme il faut du premier coup, coup de chance, et parce que fils unique je m’ennuyais à la maison, j’ai beaucoup pleuré pour aller à l’école et me suis retrouvé en maternelle à 4 ans (Cela ne se faisait pas en Suisse à cette époque).
Les cellules mentionnées plus haut étant bien stimulées, on décida de me classer parmi les pas trop bêtes (On dit maintenant « surdoué », ce qui selon moi est une expression bien malheureuse) et on me fit sauter 2 classes ; avec comme résultat pendant toute ma scolarité une différence d’âge de minimum 3 ans avec le caïd de la classe (Celui qui a au moins redoublé une fois).
Rajoutez à cela une inamovible place de premier et vous comprendrez que l’école fut une véritable expérience au sens anglo-saxon du terme…
Ces « facilités » d’apprentissage et le travail prenant de ma Mère m’ont interdit ces moments de révision en commun que connaissent la plupart des enfants. Souvent, lorsque je partais le matin, mes parents n’y étaient plus et systématiquement quand j’y revenais, je trouvais un appartement vide.
Pratique pour les devoirs, moins pour les échanges.
Le singe savant continua son parcours scolaire sans encombre, faisant toujours l’admiration de ses profs et de quelques jeunes filles énamourées, ce qui ne plut jamais aux différents caïds qui ne manquèrent pas de régulièrement me le rappeler à la sortie de l’école.
J’ai bien tenté une ou deux fois de demander de l’aide à mon père, initiative regrettable qui me prouva qu’un adulte frappe plus fort qu’un enfant, il est vrai que son objectif était clair :
« ''Je ne veux pas que mon fils soit une femmelete !'' ».
Objectif d’ailleurs atteint, à force de me faire taper dessus, je n’ai plus eu peur de personne et miracle, les coups se sont même arrêtés, à l’école du moins…
La vie était cependant si peu enthousiasmante qu’une première fugue à l’âge de 9 ans me donna un peu d’air mais une semaine plus tard, sans argent, je dus rentrer retrouver mon triste quotidien. Une seconde, quelques années plus tard, me confirma qu’un « ailleurs » existait, on peut tout supporter quand on sait que cela ne durera pas toujours.
Au moment de l’adolescence, le besoin de parler et de comprendre se fit encore plus pressant, les amis le remplirent plus ou moins, les amies surtout… mais, l’échange principal manquait, celui avec les auteurs de mes jours.
Ma confiance et mon raisonnement se développant, j’étais persuadé que je parviendrai un jour à parler, en tout cas avec ma Mère, pour comprendre enfin comprendre pourquoi mon chemin était celui-là.
Las ! Le cancer fit une entrée tonitruante dans sa vie et par conséquence dans la mienne.
Impossible d’exiger un échange avec quelqu’un qui se bat contre une telle saloperie, je me suis tu, elle s’est tue, ne laissant échapper que les bouffées de colère que trop de douleur pouvaient générer.
Elle s’est définitivement tue le 12 novembre 1980, elle avait 49 ans, j’en avais 19, dont 5 années de maladie, la sienne…
Je n’ai jamais vraiment parlé avec ma Mère, petit elle n’était pas là, plus tard, c’était moi, après elle était malade. Je ne sais pas ce qu’elle pensait, je ne sais pas pourquoi elle a supporté sa vie et je ne le saurais jamais, c’est ainsi.
Cependant, ce n’est pas parce que cela s’est déroulé comme cela pour moi, que ce doit être pareil pour mes enfant, oh non !
Ils sont 4 frères, ils n’ont jamais été seuls pour jouer, pour parler, ma femme est à leurs côtés tous les jours pour leurs devoirs, jamais je ne lèverai la main sur eux et quoique puisse être mon devenir, ils auront des centaines de textes à lire, s’ils le souhaitent ou en ont besoin un jour, qui leur diront ce que leur père pensait d’à peu près tous les sujets. Une référence à critiquer, démolir ou adopter, qu’importe, mais un point fixe à partir duquel se situer.
Et surtout, surtout, ils auront été aimés, aimés, aimés…
Alors, voilà, pour ceux qui se demandaient, du moment qu’il n’y a pas d’argent à gagner, quel intérêt il peut bien y avoir à tenir ce « Journal Quotidien du Monde et d’Ailleurs » ?
Il y a tellement plus, tellement plus…
Quelqu’un qui me pardonnera d’avoir oublié son nom à dit : « Perdre sa vie à vouloir la gagner… », j’essaye modestement de vivre la mienne en chérissant des valeurs incommensurables telles que l’Amour, l’Harmonie, le Respect, la Fidélité, l’Amitié…
JFK répondit un jour à un journaliste qu’il était « celui qui accompagnait Jackie », pour ma modeste part, je suis l’ex-gamin démoli dont la femme et les fils ont su faire un père heureux : la vie est belle…
A demain, excellente journée à vous !
P.S : En cette veille de Fête des Mères, je suis heureux de penser à la mienne…